Croyances et convictions

Monseigneur Jean Vingt-trois, Cardinal de Paris, à l’origine de la prière prononcée le 15 août à l’attention de la famille

Alors que l’été bat son plein et que la canicule s’annonce, un débat prend peu à peu place au sein de la société française, un débat qui ravive les passions et surtout les tensions, comme l’Histoire de notre pays en est souvent témoin.

Hier, 15 août, l’Eglise catholique a prononcé une prière au nom de la famille et de la défense des valeurs traditionnelles la concernant. Une manière subtile mais claire de dénoncer le projet du gouvernement d’ouvrir le mariage au couple homosexuels, l’Eglise considérant qu’il s’agit là d’une atteinte aux principes humains.

Christine Boutin, ancienne ministre et présidente du Parti chrétien-démocrate, proche de l’UMP

L’initiative, si elle fut largement mise en avant et relayée par les autorités ecclésiastiques, a reçu un accueil mitigé entre ceux qui soutiennent le point de vue de l’Eglise catholique et ceux qui la récusent au nom de la laïcité. Ainsi, Christine Boutin, ancienne ministre et présidente du Parti Chrétien-Démocrate (PCD, proche de l’UMP) a approuvé l’initiative considérant qu’il est normal, voire tout à fait primordial que l’Eglise s’empare d’un tel sujet et fasse part de ses positions. Un point de vue que rejettent les associations laïques et LGBT qui y voient non seulement une ingérence de l’Eglise dans les affaires de la République mais aussi une atteinte à la laïcité de 1905.

Le débat sur le mariage gay et l’adoption par des couples homosexuels n’en finit pas de faire des vagues, et ce depuis plusieurs années. Il y a plus de dix ans déjà, le PACS (Pacte civil de Solidarité) avait suscité l’indignation de la droite catholique et conservatrice qui y voyait déjà là, une atteinte aux fondements et valeurs de la famille. Déjà à l’époque, une certaine Christine Boutin s’était particulièrement illustrée en affichant sa farouche opposition à un tel projet, qui fut finalement adopté et même soutenu publiquement par Roselyne Bachelot-Narquin, pourtant députée RPR et membre de l’opposition. Et encore déjà, l’Eglise – et l’ensemble des autorités religieuses – s’était levée vent debout contre ce Pacte dans lequel elle y voyait déjà une forme de mariage déguisé. (Voir les vidéos ci-dessous)

Aussi, il n’est pas surprenant de connaître à nouveau la position de l’Eglise mais également des autres religions monothéistes qui ne font que réaffirmer leur préceptes, à savoir qu’un mariage ne peut être consenti que par un homme et une femme. Certains considèrent – à juste titre d’ailleurs – que l’Eglise n’a sa place dans ce débat et que cela ne le concerne pas, laïcité oblige. En clair, elle ferait mieux de se taire, au lieu de faire du lobbying, faire pression pour mieux imposer ses vues. Seulement, laïcité ne veut pas dire absence d’expression et notamment celle de l’’Eglise qui ne fait que son rôle, agir comme un acteur moral au sein de la société. Une Eglise qui se base sur la croyance et ses préceptes face à des militants LGBT et laïques qui défendent la liberté et leurs convictions.

Difficile de dire si l’Eglise était dans son droit ou pas en diffusant sa prière universelle destinée à la famille, hier jour de l’Assomption. Comme je viens de l’écrire, elle n’était que dans son rôle, un rôle que semble ne plus vouloir reconnaître certaines associations gays et lesbiennes. Qui plus est, une telle initiative ne devrait pas avoir d’impact majeur sur le plan politique dans le sens où l’opinion publique semble largement favorable à l’élargissement du mariage pour les couples gays et lesbiens. Toujours est-il que cette problématique montre une fois encore la difficulté de l’Eglise catholique (mais aussi des autres religions) à s’insérer et surtout comprendre le monde dans lequel elle vit. Malgré tout, il est fort à parier que l’Eglise catholique, à défaut d’être un facilitateur, ne constituera pas non plus un frein à l’élargissement du mariage au couple de même sexe dans la mesure où elle a plus intérêt à rester dans son rôle moral, lui permettant de conserver cette autorité morale même au sein de notre République laïque, comme l’ont montré les débats lors de la loi autorisant l’Interruption volontaire de grossesse en 1974.