Les icônes déchues

Rachida Dati – à l’époque ministre de la Justice – et Rama Yade – à l’époque secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères en janvier 2008

Elles étaient le symbole du sarkozysme, celui du sarkozysme triomphant et arrogant.

Il y a quatre ans, Rachida Dati et Rama Yade devenaient les nouvelles égéries de l’UMP et de la Sarkozie face à une gauche déboussolée. Tout le monde ne jurait que par elle, et tout le monde se les arrachait. Télé, Radio, presse écrite… Elles étaient élevées au rang d’icône.

Quatre ans après, il ne reste quasiment plus rien de leur splendeur et de leur grandeur. Entre temps, il y a les caprices de l’une, l’insolence de l’autre, les exigences de l’autre ou bien encore les ambitions de l’autre. Une attitude qui a fini par agacer l’Elysée à tel point que Nicolas Sarkozy a décrété leur disgrâce sans ménagement.

Ainsi l’ancienne Garde des Sceaux, Rachida Dati qui avait oublié qu’en politique, on se fait plus d’ennemis que d’amis et nombreux étaient ceux qui cherché à précipiter sa chute du temps où elle était encore considérée comme la protégée de Nicolas Sarkozy. Qui plus est, ses caprices à répétition ainsi que son tempérament a fini par sérieusement agacer l’Elysée qui a fini par la lâcher. Aussi, nombreux doivent être ceux qui ne boudent pas leur plaisir en voyant Rachida Dati humiliée par son propre parti (et par François Fillon) dans le cadre des législatives.

Il en est de même pour Rama Yade dont le côté rebelle a fini par causer sa perte. Elle aussi présentée comme un symbole de la diversité version Sarkozy, elle ne cesse de payer son ralliement à Jean-Louis Borloo et ce d’autant plus que ce dernier a finalement renoncé à se présenter. Elle aussi égérie, c’est désormais une icône qu’on lapide et qu’on brûle sans ménagement. Et comme Dati, on ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues et lui faire une mauvaise publicité notamment dans la circonscription de Colombes-Asnières où elle compte se présenter pour les législatives face au député UMP sortant et proche de Nicolas Sarkozy, Manuel Aeschlimann.

Rachida Dati et Rama Yade ont cru à tort, mais sans doute sincèrement que leur présence dans le gouvernement leur donnerait une légitimité à part entière au sein de l’UMP. Mais c’était sans compter sur l’ambition de certains dans le parti sarkozyste qui ne voyaient qu’en elles, de vulgaire potiche, des faire-valoir. Cette situation était tout à fait convenable à partir du moment où elles jouaient le jeu et se contentaient de donner la bonne parole du sarkozysme. Qui plus est, elles ont commis le tort d’être ambitieuses et surtout de se rebeller contre l’agité de l’Elysée comme cela fut le cas de Rama Yade qui a eu le culot de refuser une place de députée européenne pour mieux s’implanter dans les Hauts-de-Seine. Un affront qui n’est pas resté impuni et a sans doute provoqué sa lente mais progressive disgrâce au sein de la Sarkozie.

Soi-disant symbole de la diversité au sein du gouvernement Fillon, Rama Yade, Rachida Dati et Fadela Amara (ne l’oublions pas !) n’ont servi que de vitrine à un gouvernement qui avait d’autres chats à fouetter. Une situation qui n’a trompé personne et qui montre surtout tout le cynisme de l’UMP. Les propos actuels de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur mais également de certains dirigeants du parti majoritaire sur les étrangers en est la triste illustration, signe également d’une droite qui a clairement et sciemment décidé de partir à la conquête des voix du Front national.

Et je dois bien vous avouer qu’elles me font un peu de peine, surtout Rachida Dati. Icônes en 2007, brûlées en enfer en 2011, le cas de l’ex-ministre de la Justice et l’ex-secrétaire d’Etat aux Sports montre une fois de plus que l’UMP n’en a cure des questions d’intégration et de méritocratie, la docilité et le clientélisme faisant légion. Preuve en est, la discrétion dont font preuve Jeannette Bougrab, l’actuelle secrétaire d’Etat à la jeunesse et Nora Bella en charge des ainés. Sans doute qu’elles sont dépourvues de toute ambition, ce qui explique la bienveillance de l’UMP et de Nicolas Sarkozy à leur égard.

Toujours est-il que la disgrâce de Dati et de Yade – accompagnée d’une incroyable violence médiatique et politique à leur égard – montre bel et bien que le sarkozyme triomphant est définitivement révolu et à oublier. C’est le rappeur Mc Jean Gab1 qui doit se frotter les mains, lui avait traité Rama Yade de « bamboulette » en 2010

Ca balance pas mal à Paris !

L’arrivée prochaine de François Fillon sur la capitale, si elle réjouit certains – comme je l’ai expliqué dans mon dernier article – ne fait pas que des heureux ou plutôt une heureuse, si j’ose dire.

Rachida Dati, députée européenne et maire UMP du 7ème arrondissement de Paris

En effet, Rachida Dati, actuelle députée européenne et maire du 7ème arrondissement de Paris, ne semble toujours pas digérée la candidature de l’actuel Premier ministre aux législatives dans la seconde circonscription, une circonscription qu’elle convoite tant, histoire de mieux déserter un Parlement européen qu’elle est très loin de porter dans son cœur.

Dès lors, on a une Rachida en plein désarroi et qui a décidé de sortir l’artillerie lourde, jouant ainsi les rebelles. Ainsi, elle n’a pas les mots assez durs face au locataire de Matignon accusé d’avoir fait des pressions sur Jean Tiberi, l’ancien maire de Paris, actuel député et maire du 5ème arrondissement, pour que ce dernier renonce à se présenter et cède ainsi sa place. Pire, elle accuse François Fillon d’avoir facilité l’embauche du fils de Tiberi en échange de sa place de député, afin de faciliter son parachutage.

Des propos qui n’ont pas manqué d’être allègrement commentés tant les accusations sont graves (en effet, Rachida Dati sous-entend que François Fillon serait coupable de trafic d’influence) mais qui est bel et bien révélateur du climat délétère qui domine dans la droite parisienne, les règlements de compte et autres coups tordus étant légions.

De fait, la droite parisienne reste toujours autant empêtrée dans ses divisions intestines, la faute d’avoir un chef clairement défini et surtout incontesté. Il faut dire que tout le monde rêve d’être le chef à commencer par Rachida Dati elle-même dont le propre parachutage dans la septième circonscription n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut. Et si la venue de Fillon avait pour objectif de mettre de l’ordre dans la boutique, les attaques de l’ancienne garde des Sceaux risquent bien de ruiner ce fol objectif et de le transformer ainsi en vœu – très – pieu.

Aussi, certains se demandent, à l’instar de Philippe Gujon, maire du XV° arrondissement, si Dati fait encore partie de la majorité. Toujours est-il que cette histoire est une nouvelle illustration de la guerre de tranchées qui sévit dans la droite parisienne, une guerre de tranchées dans laquelle cette dernière pourrait y laisser les plumes à tel point qu’au siège de l’UMP, on cherche à tout prix une solution, histoire de sauver les meubles mais aussi éviter tout dommage collatéral.

Rachida Dati, alors Garde des Sceaux, en compagnie de François Fillon et de Bernard Accoyer (président de l’Assemblée nationale), en octobre 2008

Toujours est-il que cette charge de Dati n’est pas anodine et ce, dans la perspective des élections présidentielles à venir. Comme l’a si justement souligné Romain Pigenel, Rachida Dati, c’est un peu la dernière des sarkozystes, celle qui fut la protégée de l’agité de l’Elysée. Sans doute qu’avec ce coup d’éclat, elle cherche à se rappeler aux bons souvenirs de celui qui l’avait érigé en un des symboles du sarkozysme triomphant et d’une UMP conquérante et arrogante. Or, il n’en est rien d’autant plus qu’une présence de François Fillon dans la capitale contrarierait pour longtemps ses ambitions parisiennes.

En tout cas, ça balance pas mal !

PS : rien à voir mais en choisissant ce titre, j’ai tout de suite pensé à une chanson de France Gall et de Michel Berger sortie dans les années 1970. Je vous invite à l’écouter. Bonne lecture !