« Je suis Troy Davis et je suis libre ! »

Il n’y aura finalement pas eu de miracle. Troy Davis, 42 ans, a finalement été exécuté, la nuit dernière d’une injection létale dans sa prison de Jackson dans l’Etat de Géorgie (Etats-Unis) malgré la vive protestation de son comité de soutien et de la communauté internationale, Union européenne en tête.

Des membres du comité de soutien à Troy Davis, peu de temps après son exécution

Celui qui avait passé plus de vingt ans dans les couloirs de la mort avait été accusé puis rendu coupable du meurtre d’un policier blanc en 1989 alors que des sérieux doutes subsistent quant à la réelle implication de ce jeune noir, alors âgé de 19 ans. La formidable mobilisation de la société civile, des associations luttant contre la peine de mort mais également de responsables politiques comme James Carter – président des Etats-Unis de 1976 à 1980 – mais aussi le revirement de plusieurs témoins n’ont finalement pas eu de poids face à l’entêtement de la justice de l’Etat de Géorgie et de la Cour suprême.

Je dois dire que je suis particulièrement peiné par un tel dénouement montrant une fois de plus, toute l’ambigüité de l’Amérique. Voilà un pays qui n’hésite pas à se montrer sans indulgence avec toute personne qui se bat en faveur de l’avortement ou pour l’euthanasie (en raison du caractère sacré de la vie, pour certains) mais qui ne se pose pas de questions quant il s’agit de mettre à mort quelqu’un, au nom de la justice (comme si, ôter la vie d’un condamné avait moins de valeur que celle d’autrui)

L’exécution de Troy Davis laissera en tout cas des traces notamment dans l’opinion publique américaine. Les Américains restent encore partagés entre le maintien ou l’abolition de la peine capitale et la mort de Davis donnera sans doute l’occasion de relancer ce débat, surtout s’il avère que l’homme de 42 ans n’avait effectivement rien à se rapprocher.

La mort de Troy Davis ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le plan politique notamment pour Barack Obama. Même s’il convient de rappeler que l’actuel président des Etats-Unis n’est pas connu pour être abolitionniste convaincu (bien au contraire !), son silence restera incompréhensible en particulier pour l’électorat afro-américain (voire latino) qui risque bien de lui en tenir rigueur lors de l’élection de novembre 2012. Autrement dit, c’est son image de progressiste qui risque d’en prendre un coup, même si juridiquement parlant, rien ne peut lui être reproché, en raison du principe de séparation des pouvoirs.

Enfin, l’exécution d’hier va, à coup sur, ternir l’image des Etats-Unis, si ce n’est pas déjà fait ! En effet, comment peut-on se prétendre comme défenseurs des Droits de l’Homme, comme à l’avant-garde des actuels Printemps arabes et dans le même sens, avoir des pratiques judiciaires qui n’ont rien à envier aux régimes autoritaires ? Au bout du compte, ce qui rapproche la démocratie et les dictatures, c’est bien la peine capitale.

Alors Troy Davis n’est plus mais il n’est pas mort pour rien. Enfin espérons-le. Comme je l’ai dit plus haut, son décès doit être l’occasion pour les Etats-Unis de se remettre en cause et s’interroger sur le bien-fondé d’un système qui me semble bien difficilement compatible avec les Droits de l’Homme et les valeurs de liberté qu’on aime tant défendre à l’extérieur (moyennant quelques juteuses contreparties bien évidemment). Un système que, de plus, Dave Zirin (journaliste) résume ainsi et de manière lapidaire : [Troy Davis] « avait la mauvaise couleur de peau, au mauvais endroit, au mauvais moment, avec le mauvais compte en banque et la mauvaise équipe d’avocats ». Un système qui n’empêche pas de dormir James Richard Perry, actuel gouverneur du Texas et candidat à l’investiture républicaine pour la prochaine course à la Maison Blanche, tout content de ses 234 exécutions depuis sa prise de fonction en 2000.

Et là, j’espère que là, on pourra dire : « Je suis Troy Davis et je suis libre »

Troy Davis (1968 - 2011) durant son procès en 1991