Trois hommes et un Nobel

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et Martin Schulz, président du Parlement européen, lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix, le 10 décembre dernier à Oslo

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et Martin Schulz, président du Parlement européen, lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix, le 10 décembre dernier à Oslo

Lundi midi, Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Martin Schulz se sont rendus à Olso pour recevoir le Prix Nobel de la paix décernée à l’Union européenne.

Outre les trois principaux visages des institutions européennes, plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement se sont déplacés à cette occasion pour assister à la cérémonie parmi lesquels, le président de la République française, François Hollande, le chancelière allemande Angela Merkel ou bien encore le Premier ministre de Belgique, Elio di Rupo. David Cameron, le premier ministre britannique ou bien encore Vaclav Klaus, le président de la République tchèque n’ont en revanche pas fait le déplacement.

Nombreux furent celles et ceux qui se sont interrogés sur l’opportunité d’une telle délégation, trois personnes pour aller récupérer un Nobel. A ce titre, Jean Quatremer, sur son blog le 24 octobre dernier, avait même fustigé un tel choix considérant que cela ne faisait pas très sérieux et qu’il apportait une preuve supplémentaire du Traité de Lisbonne, en matière de représentation diplomatique.

La présence d’une telle délégation est en effet assez révélatrice de l’état d’esprit et de fonctionnement de l’Union européenne, à l’heure où celle-ci devrait faire preuve de clarté et surtout de simplicité. A ce titre, la création du poste de président permanent du Conseil européen, en décembre 2009, aurait du apporter à l’UE, ce fameuse représentation diplomatique, ce fameux visage, symbole des Européennes et des institutions européennes. Il va sans dire qu’il n’en est rien pour le moment, la faute sans doute à un Herman Van Rompuy qui, en dépit de sa probité et de son sérieux, n’a toujours osé à endosser le rôle mais surtout à faire preuve d’autorité, vis-à-vis des chefs d’Etats et de gouvernement mais également et surtout vis-à-vis de ses homologues de la Commission et du Parlement. Pour faire simple, l’ancien premier ministre de Belgique se contente de ne pas outrepasser son rôle et surtout ses prérogatives, au grand dam de certains. Il en est de même pour José Manuel Barroso et Martin Schulz.

Une partie des chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de l'UE, présents à Oslo lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix

Une partie des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’UE, présents à Oslo lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix

De fait, en restant dans leurs prérogatives, Barroso, Schulz et Van Rompuy ne font que s’en tenir aux Traités, reflétant au passage le fonctionnement actuel de l’Union européenne et de son processus décisionnel. Un processus dans lequel – indépendamment de toutes les théories politiques ci et là – il subsiste un certain équilibre ou plutôt un « pacte » de non-agression entre institutions (ou plutôt leurs trois représentants), histoire que chacune d’entre elles se sente prise en considération et surtout respectée, médiatiquement parlant. Une telle situation s’explique en grande partie par le fait qu’aucun des trois présidents cherchent véritablement à tirer la couverture à lui quant il s’agit de communiquer sur l’Europe et pas uniquement dans le cadre de leurs fonctions et de leurs politiques, laissant dès lors le champ libre aux chefs d’Etat et de gouvernement des Etats-membres lorsqu’il s’agit de s’informer véritablement sur la construction et les politiques européennes.

Caricature de Pierre Kroll, parue dans le journal belge "Le Soir"

Caricature de Pierre Kroll, parue dans le journal belge « Le Soir »

Dès lors, la présence des présidents des trois institutions et d’une partie des chefs d’Etat et de gouvernement n’est que la conséquence logique d’une absence véritable (et sans doute volontaire) de toute stratégie de communication voulant qu’une personne, une seule représente l’UE et soit identifiée comme telle par l’ensemble des citoyens. Un objectif qui n’est pas irréalisable à terme mais qui demeure trop ambitieux dans l’immédiat en raison des subtilités du processus décisionnel européen mais également des sensibilités personnelles et des susceptibilités de nos chers dirigeants. En effet, il aurait été difficile de justifier un tel choix et non pas un autre (par exemple, que Martin Schulz vienne chercher seul le prix et non le président de la Commission ou bien encore les Vingt Sept, alors qu’ils ont tous une certaine légitimité), ce qui explique sans doute cette délégation hétéroclite à Oslo. Un sacré désordre qui paradoxalement fait le charme et constitue l’identité visuelle de l’UE et qui n’a finalement jamais empêché d’avancer, vaille que vaille.

Sans doute aurait-il été plus judicieux d’envoyer une délégation de jeunes européens en lieu et place des leaders politiques, malgré tout, ce qui aurait eu une forte charge symbolique !

Désaccords au sommet

Comme on pouvait s’y attendre – et comme on pouvait le craindre – le Conseil européen n’est pas parvenu à s’accorder sur le budget pour la période 2014 – 2020.

Photo de famille des chefs d’Etat et de gouvernement lors du Conseil européen, le 22 novembre à Bruxelles (Belgique)

Les Vingt-Sept, réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, n’arrivent en effet pas à s’accorder sur différents volets tels la Politique agricole commune (PAC), le traitement des fonctionnaires européens ou bien encore l’avenir de la recherche et développement. Autant de positions dans lesquelles, l’intérêt des Etats-membres n’est jamais loin et est même prépondérant, au détriment de l’intérêt de l’UE et des Européens.

En effet, le dernier Conseil européen s’apparentait à un festival d’intérêts et surtout d’égoïsmes nationaux, dans un contexte marqué par une crise de la zone Euro qui n’en finit pas. Point d’orgue, par exemple, de ce moment, l’affrontement entre le Royaume-Uni et la France quant à l’orientation à donner au budget communautaire. Un affrontement feutré entre deux pays, deux visions de l’Union européenne où finalement personne n’en est ressorti vainqueur, chacun jugeant les revendications de l’autre irréalistes et surtout inacceptables. Ainsi, quand David Cameron, le Premier ministre britannique, exige des coupes claires dans le budget tout en gardant son fameux « chèque » tout en fustigeant la PAC si chère à la France, François Hollande, le chef de l’Etat français, lui a fait purement et simplement une fin de non-recevoir, histoire surtout de mieux isoler une Grande-Bretagne qui ne sait plus tellement où elle va et où elle se situe dans l’UE. Face à cela, une Commission européenne qui semble totalement hors-jeu dans la mesure où elle n’a semblé faire aucune proposition majeure alors qu’elle détient le pouvoir d’initiative, laissant le champ-libre aux Etats-membres, au grand désespoir de certains, tel Jean Quatremer qui, sur son blog, critique lourdement l’inaction de José Manuel Barroso, l’actuel président du Collège des commissaires.

David Cameron, premier ministre britannique, lors de son arrivée au Conseil européen, le 22 novembre

Ce n’est pas la première fois que les Etats-membres et les mêmes protagonistes s’opposent sur le budget et pratiquement sur les mêmes sujets. En juin 2005, Tony Blair, premier ministre britannique et Jacques Chirac, président de la République s’affrontaient (déjà) sur le montant de la contribution du Royaume-Uni à l’UE et sur l’avenir de la PAC. Un affrontement qui s’était soldé sur un échec retentissant et sur un nouveau Conseil dans lequel le leader travailliste avait consenti à une réduction de 20% de son rabais et un maintien de la PAC (dans sa configuration actuelle) jusqu’en 2013. Une concession qui fut largement critiqué par les tabloïds britanniques considérants que la Grande-Bretagne avait été bien trop conciliante avec l’Union européenne et la France.

Toujours est-il que cet échec, quoique prévisible, est un mauvais signal envoyé par l’UE et les chefs d’Etat et de gouvernement. Dans un contexte toujours dominé par la crise, et à l’heure où les Etats-membres devraient se serrer les coudes et rassurer les citoyens, le dernier Conseil européen a consacré les intérêts et les égoïsmes nationaux de chacun au lieu et place de dresser une feuille de route, une direction à suivre pour la construction européenne. Cela n’est pas forcément dramatique en soi dans la mesure où les Etats-membres (notamment à travers le Comité des représentants permanents, le COREPER) poursuivront leurs discussions en vue de parvenir à un accord, ne serait-ce qu’à minima. Toutefois, cela en dit long sur le manque d’inspiration et surtout d’ambition de la part de nos chers dirigeants nationaux vis-à-vis de l’Union européenne au moment où celle-ci doit demeurer forte et surtout être en capacité à donner la meilleure image d’elle-même face à des citoyens qui doutent de plus en plus ouvertement de son efficacité et de son utilité.

François Hollande, président de la République française suivi d’Angela Merkel lors du Conseil européen, le 22 novembre dernier

Comme en 2005, les Chefs d’Etat et de gouvernement ont prévu de se retrouver en début 2013 pour parvenir à un compromis qui sera probablement trouvé, contexte économique international aidant. Reste à savoir comment et surtout à quel prix.

L’ultimatum d’Erdogan

2023. C’est la date à laquelle, la Turquie sera membre de l’Union européenne… ou pas. C’est du moins la date mise en avant par Recep Tayyip Erdogan lors de sa dernière visite officielle à Berlin, le 31 octobre dernier.

Le Premier ministre turc  n’a pas choisi cette date au hasard. L’année 2023 coïncidera avec le centenaire de la fondation de la Turquie moderne par Mustafa Kemal Ataturk. Une date hautement symbolique pour les Turcs et pour laquelle, le chef du gouvernement espère marquer un grand coup, avec ou sans l’Union européenne.

Ouvertes depuis octobre 2005, les négociations ne cessent de patiner, certains pays membres de l’UE – tels la France et l’Allemagne – bloquant volontairement certains chapitres stratégiques comme la libre circulation des biens et travailleurs ou bien encore la politique économique et monétaire sans oublier la politique étrangère, de sécurité et de défense. De son côté, l’Union européenne n’a officiellement pas réagi à l’ultimatum d’Erdogan, cachant mal un embarras certain, comme le souligne d’ailleurs Joost Lagendijk, ancien député européen néerlandais et spécialiste de la Turquie, dans une tribune parue hier dans le « Today’s Zaman », un quotidien turc anglophone. Pour l’ancien élu écologiste, le manque de réaction des autorités européennes montre un certain malaise mais également une certaine prudence, certains se rappelant du processus d’adhésion bâclé de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007.

En posant un ultimatum, Ankara souhaite mettre l’Union européenne au pied du mur en lui forçant la main, tout en montrant son exaspération. Il faut dire que la Turquie a le sentiment d’être menée en bateau depuis de nombreuses années et que l’UE ne semble pas disposée à jouer cartes sur table avec elle. Longtemps optimistes et enthousiastes, les Turcs ont désormais le sentiment d’être floués par une Europe qui ne veut finalement pas d’elle mais qui n’a pas le courage de lui dire clairement. Depuis 2005, en effet, toutes les excuses semblent bonnes pour ralentir au maximum le processus d’adhésion, certains pays évoquant au tour à tour, la question chypriote, les droits de l’Homme sans oublier la lancinante question des frontières… autant d’attitudes et de comportements qui ont fini par convaincre les autorités turques du manque de volonté de l’UE et de ses pays membres quant à la poursuite et surtout la finalité d’un processus dont certains espèrent discrètement qu’il prendra fin dans quelques années, Ankara claquant la porte des négociations de préférence.

Néanmoins, en mettant une échéance, la Turquie espère relancer le processus d’adhésion de son pays à l’UE pour l’instant au point mort d’autant plus que le contexte international lui est favorable, en raison de la crise syrienne. Une manière également de placer l’UE et ses Etats-membres face à ses responsabilités et qui sait, arriver à des résultats concrets. Qui plus est, une éventuelle relance avec un échéancier fixe aurait un effet non négligeable sur une Turquie qui semble marquer le pas dans les réformes en cours et dont l’opinion publique semble de moins en moins europhile au fur et à mesure que la perspective de l’adhésion s’éloigne et que les négociations piétinent de plus en plus.

Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre de Turquie, en compagnie d’Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d’Allemagne, à Berlin, le 31 octobre dernier

De fait, tout va dépendre de l’UE et de ses Etats-membres et de leur capacité à répondre à l’ultimatum lancé par la Turquie et son Premier ministre. Pour Joost Lagendijk, il s’agit d’une occasion véritable (pour le moment manquée selon lui) de poursuivre les négociations d’adhésion sous de nouvelles bases et en visant de nouveaux objectifs réalistes. Pour la Turquie, il s’agira, en se mettant volontairement la pression et en pressant l’Europe d’agir, de montrer sa volonté de rejoindre l’UE en menant les réformes nécessaires. Ainsi, comme l’exprime si bien l’ex-député européen, l’objectif de 2023 a au moins pour mérite, de fixer un échéancier et d’en finir une bonne fois pour toutes avec une position ambigüe de la part de l’UE, qui ne cesse d’exaspérer la Turquie et qui pourrait donner un nouveau souffle à une situation qui ne cesse de s’enliser et qui ne profite à personne.

Euronews, (enfin) sur la TNT ?

Le siège d’Euronews à Ecully près de Lyon (Rhône)

Euronews enfin sur la Télévision Numérique Terrestre française ? C’est ce que ce suggère en tout cas Fabien Cazenave sur son blog suite au projet d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, de remplacer France 4, la chaine culturelle de France Télévisions qui peine à trouver son public.

Créée il y a vingt ans et diffusée depuis le 1er janvier 1993, Euronews est le fruit d’une coopération étroite à l’échelle de l’UE et même au-delà entre les principaux services publics nationaux de radiotélévision[1] et l’Union européenne de radiotélévision (UER) basée à Genève (Suisse). Très rapidement, la petite chaine d’information s’est imposée au fil des années comme la chaîne de référence proposant un point de vue européen sur le monde et l’Union européenne.

Toutefois si Euronews est largement diffusée au sein de l’UE, elle reste très méconnue de certains et en particulier des Français. Malgré son statut de chaine de référence, Euronews n’est toujours pas disponible en libre accès et reste considérée comme une chaine secondaire en France, privant nombre de nos compatriotes de la possibilité de s’informer sur les affaires européennes à l’instar de ce qui se passe chez nos voisins comme en Belgique ou en bien encore en Grande-Bretagne où la chaine européenne est non seulement présente sur la TNT locale mais en plus très suivie. C’est ainsi, par exemple, qu’à Antwerpen-Centraal (la Gare centrale d’Anvers) comme à Bruxelles-Midi (Brussel-Zuid), il n’est pas rare de trouver des stands où les voyageurs peuvent regarder Euronews en attendant leur train.

L’absence d’Euronews sur les canaux terrestres numériques pose une fois encore, la place de l’Union européenne et de son traitement dans les médias français. Au moment même où la construction européenne devient de plus en plus concrète et surtout importante dans nos vies de tous les jours, le traitement médiatique sur l’Europe reste encore peu suffisant malgré l’émergence de magazines et de chroniques spécialement dédiées comme Avenue de l’Europe sur France 3 ou encore Europe Hebdo sur LCP/Public Sénat. Des émissions qui ont leur public et salutaires mais qui ne suffisent pas pour répondre au sentiment chronique de déficit démocratique et surtout de déficit informatif vis-à-vis de l’UE ressenti par les citoyens français. La faute est notamment imputable aux médias français – principalement les grandes chaines – qui n’ont ni le temps, ni la volonté (financière) de couvrir correctement l’actualité européenne, sacrifiant au passage les rares émissions spécialement consacrées : France Europe Express (présenté par Christine Ockrent sur France 3 et France Info entre 1997 et 2007) en est un triste et douloureux exemple au passage ! Les responsables politiques ne sont pas en reste dans la mesure où Euronews a toujours été mis de côté des stratégies gouvernementales en matière de télévision et de diffusion de l’information, ce qui est très paradoxal quand on sait que le siège social d’Euronews se situe non pas à Bruxelles à mais Ecully dans la banlieue lyonnaise !

De fait, une présence d’Euronews sur la TNT française ne serait que logique dans la mesure où cela permettrait à nos concitoyens d’être suffisamment et efficacement informés sur les questions européennes et donc d’avoir plus facilement les cartes en main pour se faire une opinion, à partir d’un point de vue non pas national mais européen. A l’heure où la défiance envers l’Europe reste forte, l’information européenne reste primordiale ne serait-ce que pour prolonger et approfondir le débat au sein des Etats-membres. A ce titre, Euronews aurait toute sa place, une place d’autant plus légitime qu’elle traite exclusivement l’Europe depuis sa création et porte un point de vue européen sur le monde.

A charge donc pour les autorités audiovisuelles et le gouvernement français de faire preuve de volonté politique en accordant une bien meilleure place à cette chaine dans le paysage audiovisuel français que celle qu’elle n’occupe actuellement[2]. A l’heure où les médias d’information en continu explosent (tels BFM TV, I-Télé, France 24) et gagnent en popularité, la présence d’Euronews serait non seulement bénéfique mais surtout salutaire pour le débat européen et la légitimité de l’Union européenne vis-à-vis des citoyens.


[1] Parmi lesquels France Télévisions (France), la Rádio e Televisão de Portugal (RTP, Portugal), la Radio Televisión Española (TVE, Espagne), ou bien encore la Radio Télévision Belge francophone (RTBF, Belgique) sans oublier la Radio Télévision Suisse (RTS, Suisse) et la TRT (Turquie)

[2] Euronews est en effet diffusée de 6heures à 6heures 30 sur France 3, 7/7

La controverse sans fin du siège unique

Edward McMillan-Scott, vice-président ALDE (libéral-démocrate) britannique du Parlement européen, tenant un siège en papier, symbole de la campagne des libéraux-démocrates en faveur du siège unique à Bruxelles, le 24 octobre dernier.

Le 24 octobre dernier, les députés européens, réunis en session ordinaire, se sont prononcés sur un amendement en faveur d’un siège unique du Parlement européen, de préférence à Bruxelles. Un vote sans appel puisque 518 députés ont soutenu la résolution contre seulement 149.

La résolution n’a aucune valeur juridique dans la mesure où une modification des Traités est nécessaire, ce qui est du ressort des Etats-membres. Néanmoins, ce vote est une nouvelle illustration de la controverse sans fin qui existe à propos de l’implantation définitive du Parlement européen toujours partagé entre Bruxelles et Strasbourg et dans laquelle les partisans de la capitale alsacienne sont de moins en moins nombreux. En effet, selon Jean Quatremer, les députés italiens, espagnols et polonais qui jusqu’ici soutenaient Strasbourg, semblent finalement avoir rejoint la position des pro-Bruxelles, isolant encore un peu plus la France sur ce sujet qui plaide encore et toujours pour le maintien du Parlement en Alsace.

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le Parlement européen est partagé entre trois villes, Bruxelles (pour les commissions), Strasbourg (pour les séances plénières) et Luxembourg-Ville (pour le secrétariat général). Une situation inédite pour une institution démocratique et représentative des citoyens qui perdure depuis des décennies et qui irrite de plus en plus une part de plus en plus croissante de députés européens, désireux de mettre un terme à cette situation ubuesque. A ce titre, plusieurs tentatives furent menées pour remettre en cause la présence du Parlement à Strasbourg en soulignant notamment le manque d’attractivité de la capitale alsacienne notamment en termes d’accès face à Bruxelles, mieux appréciée et surtout bien mieux desservie.

Si la controverse n’est nouvelle en soi, elle prend une nouvelle ampleur dans la mesure où les partisans du maintien du Parlement à Strasbourg sont de moins en moins nombreux et se font de moins en moins entendre. En effet, nombreux sont ceux qui souhaitent désormais un rassemblement de l’ensemble des activités parlementaires à Bruxelles, exerçant encore un peu plus une pression sur le gouvernement français qui se retranche derrière les traités faisant de Strasbourg, le siège (officiel) du Parlement européen, et qui, par conséquent, fait une fin de non-recevoir.

La position française est compréhensible dans la mesure où Strasbourg, ville-frontière, symbolise la réconciliation et surtout la paix durable entre les Français et les Allemands. Les symboles ont évidemment un sens en politique et c’est en toute logique que les autorités françaises tout comme les députés européens français (toutes tendances confondues) soutiennent mordicus la capitale alsacienne et font tout pour respecter l’esprit et surtout les dispositions des textes communautaires. Certains vont même plus loin en proposant que Strasbourg reçoive ce fameux siège unique, prenant au mot les pro-Bruxelles qui militent en ce sens depuis des décennies. Toutefois, en se braquant sur ses dispositions, et en refusant tout dialogue avec les pro-Bruxelles (afin de parvenir à un compromis), la France risque de ternir son image et d’irriter ses partenaires ainsi que la plupart des députés européens, élus par les citoyens de l’UE (et défendant donc leurs intérêts). Comme le souligne si bien Anna Corazza-Blidt, député italo-suédoise, membre du PPE et citée par Jean Quatremer sur son blog : « cette situation créée du ressentiment contre la France et ce n’est pas sain ». Qui plus est, dans une Europe en voie de fédéralisation, il convient de rappeler que l’essentiel du pouvoir se trouve à Bruxelles et qu’il est de la responsabilité du Parlement, s’il veut peser davantage au sein du processus décisionnel européen, d’être aux premières loges, et non à l’écart. Rester en Alsace, serait contre-productif dans la mesure où c’est à Bruxelles que tout se décide et ce, depuis un bail.

Plusieurs alternatives ou solutions de rechange sont malgré tout proposées par les pro-Bruxelles, soucieux et conscients de la charge symbolique de Strasbourg comme la création d’une université européenne[1] ou bien encore le transfert de la Cour de justice européenne, faisant de la capitale alsacienne, la capitale européenne du droit (grâce à la présence de la Cour européenne des Droits de l’Homme). Autant de pistes intéressantes à envisager afin que Strasbourg et surtout la France ne se sente pas lésée si d’aventure on décidait à mettre un terme à cette controverse. Toujours est-il que les autorités françaises ne pourront jouer indéfiniment à ce jeu surtout si une majorité de plus en plus large de députés européens se prononce désormais pour Bruxelles, fragilisant encore un peu plus la position française (et des députés européens français), désormais soutenue que par les conservateurs allemands.

Le siège du Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin)

Aussi, la France a une nouvelle fois l’opportunité de prendre une décision courageuse en faveur de l’implantation définitive du Parlement européen à Bruxelles mettant fin à une controverse coûteuse en temps comme en argent[2]. Toutefois, un tel acte ne sera que possible que si on offre au gouvernement français une contrepartie juste mais surtout sérieuse.


[1] A ce titre, un transfert, par exemple, du Collège d’Europe de Bruges à Strasbourg pourrait être une idée tout à fait défendable et envisageable.

[2] On estime à près de 220 millions d’euros par an le coût de la transhumance (c’est-à-dire le transfert des députés européens ainsi que des fonctionnaires et contractuels du Parlement) de Bruxelles à Strasbourg, chiffre avancé par les pro-Bruxelles et invérifiable cependant

UE – Belgique : même destin, même combat ?

Bart de Wever, indépendantiste flamand, vainqueur des élections communales (municipales) à Antwerpen (Anvers) en Belgique, le 14 octobre dernier

« Si la Belgique tombe, c’est toute l’Europe qui risque de s’écrouler ». C’est par cette phrase qu’Eric Zemmour avait résumé la situation du Plat pays au lendemain de la chute du gouvernement de centre-droit d’Yves Leterme en avril 2010, suite au départ des libéraux néerlandophones et à l’absence de consensus sur l’avenir électoral et judiciaire de l’arrondissement BHV (Bruxelles – Hal – Vilvorde)

Deux ans après, cette déclaration du célèbre et controversé polémiste et journaliste français semble faire écho, notamment au lendemain des élections communales et de la percée des indépendantistes en Flandre et de leur leader Bart de Wever à Anvers. Dans une tribune du Volkstrant, journal néerlandais, l’historien Thomas von der Dunk partage la même analyse qu’Eric Zemmour et va même plus loin considérant que l’Europe va échouer car le modèle belge (dont elle s’en inspire directement) a échoué.

UE – Belgique, même destin ? Certaines similitudes existent en effet entre les deux entités. Plusieurs communautés vivant dans un même espace fonctionnant sur le principe de solidarité (notamment financière), un principe constamment mis à mal depuis des années, pour ne pas dire des décennies et miné par la question du nationalisme et du régionalisme. Dans le cas de la Belgique, ce sont bien sur les transferts financiers entre Flamands et Francophones qui sont montrés du doigt par certains groupes et leaders politiques (telle la Nieuve Vlaams Alliantie). Au sein de l’UE, la crise de la zone Euro a montré les limites de la solidarité Nord-Sud, certains comme les Allemands ou les Finlandais exigeant de plus en plus des gages de la part des Etats en (grande) difficulté, la Grèce en tête.

A cela, s’ajoute une montée des nationalismes de plus en plus forte et revendicative. En Belgique comme dans le reste de l’UE, la question nationale devient une arme politique pour remettre en cause un système et mieux défendre ses intérêts. En Flandre, comme en Catalogne, en Lombardie, au Pays Basque ou bien encore en Ecosse, c’est encore la question de l’autonomie fiscale qui est mise en avant pour mieux brandir celle de l’indépendance politique, comme instrument de chantage.

L’UE semble donc connaitre le même destin que la Belgique pour nombre d’analystes tels Zemmour et von der Dunk : l’échec d’un modèle qui nie les réalités et les particularités régionales au profit de davantage d’intégration et de solidarité. La Belgique est donc une sorte de laboratoire pour une Union qui à force de négliger les identités et les aspirations nationales, risque tout bonnement de se retrouver contestée à terme comme le souligne si bien l’historien néerlandais. Pour lui, « si les partis flamands n’ont pas réussi à convaincre leur électorat du bienfait de la solidarité entre Flamands et Wallons, comment une solidarité entre Flamands et Grecs pourrait-elle être possible ? »

La persistance de la question nationale au sein de l’UE est un important révélateur, celle d’une Europe en crise qui peine à se réinventer et aussi à se réformer. Il en est de même pour la Belgique qui est en perpétuelle mutation et qui peine à durablement se stabiliser. Toutefois, la question nationale sert davantage de moyen de pression que comme instrument pour parvenir à un objectif. Autrement dit et comme écrit auparavant, le nationalisme sert plutôt d’arme politique et de moyen de pression pour obtenir d’importantes concessions comme le montre le récent bras de fer entre le gouvernement nationaliste catalan et le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à propos d’un nouveau transfert de compétences fiscales. Un bras de fer qui s’est conclu par la tenue d’élections anticipées en Catalogne, prévues novembre prochain, aux allures de référendum sur le futur statut de cette province espagnole.

Elio di Rupo, premier ministre belge, recevant son homologue italien, Mario Monti

Aussi, il convient de nuancer les propos de von der Dunk même s’il ne manque pas de pertinence. De fait, tout va dépendre de la capacité aussi bien de la Belgique que de l’UE à se réinventer et surtout à réinventer un projet collectif, tout en n’oubliant pas un objectif essentiel : assurer un espace de paix et de stabilité, un objectif atteint (en partie) mais qui est constamment remis en question notamment via la montée des nationalismes. Face à la crise et à ce qu’elle engendre, l’UE se doit être en mesure d’apporter des réponses, des réponses qui passent – paradoxalement – par les Etats-membres. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’Elio di Rupo, premier ministre de Belgique, a souhaité, en marge du dernier Conseil européen, évoquer ces questions et que son homologue italien, Mario Monti, a proposé la tenue d’un sommet informel ad hoc sur ce sujet. Comme le souligne si bien Béatrice Delvaux dans son éditorial paru dans Le Soir – le quotidien belge francophone de référence – l’Europe est un rempart contre le populisme (et par extension au nationalisme), c’est une de ses raisons d’être et c’est sur ce principe que les Pères fondateurs l’ont imaginé il y soixante ans et que les Etats-membres doivent réaffirmer, notamment face un phénomène qui mine leur cohésion interne, Belgique en tête.

Le triomphe de Bart de Wever ?

Bart de Wever, leader de la NV-A, et vainqueur des communales à Antwerpen (Anvers), le soir de sa victoire, le 14 octobre dernier

Bart de Wever peut afficher un large sourire. Il vient en effet, à l’issue des élections communales, de conquérir Antwerpen (Anvers) face au bourgmestre socialiste sortant Patrick Janssens avec près de 39% des voix contre 32% pour son rival. D’après les premiers résultats fournis par les médias belges, la Nieuwe Vlaams Alliantie, dont il est le leader, renforce sa place de premier parti en Flandre. Outre Antwerpen, elle a conquis d’autres villes comme Aalst (Alost) ou bien encore Ninove. De leur côté, les autres partis néerlandophones, membres du gouvernement fédéral d’Elio di Rupo, semblent avoir plutôt limité la casse notamment le SP.a (socialiste) qui conserve les villes de Brugge (Bruges) et d’Ostende et les sociaux-chrétiens du CD&V qui conservent Kortrijk (Courtrai) et Ieper (Ypres, la ville de l’ancien Premier ministre Yves Leterme) notamment. Les libéraux de l’Open VLD subissent un fort recul et quant au Vlaams Belang, il poursuit son déclin au profit de la NV-A.

Chez les francophones, aucune formation politique ne semble avoir tiré son épingle du jeu même si le Parti socialiste a résisté en conservant ses bastions (Liège, Bruxelles-Ville, Charleroi, Mons…) et en conquérant de nouveaux comme Anderlecht ou Mouscron tout comme les écologistes et dans une moindre mesure les sociaux-chrétiens du cdH qui conservent Namur, la capitale de la région wallonne.

Le leader nationaliste flamand a donc réussi son pari : transformer les communales – un scrutin local par définition – en une élection nationale, moins d’un an seulement après la formation du gouvernement de centre-gauche d’Elio di Rupo, au terme de dix-huit mois de négociations difficiles entre francophones et néerlandophones au lendemain des élections législatives de juin 2010. En faisant d’Anvers, un enjeu national, Bart de Wever continue à exercer une pression importante sur l’actuel chef du gouvernement belge pour mieux le mettre au pied du mur notamment dans la perspective d’une nouvelle réforme de l’Etat, comprenez, un nouveau transfert de compétences du fédéral aux entités fédérées. A ce titre, le désormais nouveau bourgmestre a même parlé de point de non-retour et a d’ores et déjà appelé les partis francophones à négocier le passage d’une Belgique fédérale à une Belgique confédérale, préalable avant toute scission de la Belgique.

Elio di Rupo, Premier ministre socialiste de Belgique depuis décembre 2011

Si la victoire de Bart de Wever est sans appel, elle n’en demeure pas moins symbolique pour autant, sans compter qu’on reste encore loin du triomphe annoncé. Au niveau local, tout d’abord, le leader nationaliste n’obtient pas de majorité absolue et devra probablement nouer des alliances pour diriger la seconde ville de Belgique, ce qui ne sera pas une mince affaire. Qui plus est, au niveau régional, le parti nationaliste ne fait que renforcer ses positions acquises lors des législatives de 2010 sans compter que les autres formations néerlandophones – telles le CD&V, le SP.a, et dans une moindre mesure les écologistes de Groen! – ont suffisamment limité les dégâts pour espérer encore peser face aux nationalistes flamands notamment dans la perspective des élections régionales et législatives de 2014. Enfin, en se focalisant sur Anvers, médias et analystes politiques (surtout du côté francophone) ont fait du duel Janssens – De Wever, un enjeu national, pour ne pas dire capital pour l’avenir de la Belgique, comme si de ce scrutin (pourtant local) dépendait l’avenir du plat pays.

En se focalisant (un peu trop) sur Anvers, les médias francophones ont donné une large tribune au leader indépendantiste lui permettant au passage de confondre enjeu local et enjeu national. Bart de Wever a su habilement cultiver l’ambiguïté comme le montre d’ailleurs son discours de victoire où il s’adresse par exemple à Elio di Rupo en lieu et place des Anversois. Une stratégie habile et efficace dans la mesure où cela a fortement déstabilisé les Francophones, soumis au rythme et au tempo du leader nationaliste, déjà en piste pour les élections législatives de 2014, des législatives qui s’annoncent, pour le coup, à (très) haut risque pour le gouvernement.

Dès lors, il convient de (fortement) nuancer la portée de la victoire de Bart de Wever à Anvers et la percée incontestable de son parti en Flandre, même si elles doivent être considérées avec attention. Le futur bourgmestre sait qu’il engage une sorte de guerre psychologique avec les partis francophones, Parti socialiste en tête, pour arriver à ses fins et fera tout pour atteindre son but, sa fameuse « révolution copernicienne ». Face à cela, il est de la responsabilité des Francophones de réagir en engageant un bras de fer avec la NV-A mais surtout en apportant des résultats concrets en particulier dans le cadre du gouvernement fédéral. A ce propos, l’attitude et surtout la stratégie d’Elio di Rupo dans les semaines et mois à venir seront déterminantes notamment face à un Bart de Wever, intelligent et surtout redoutable politiquement parlant.

Bart de Wever, saluant ses partisans lors de sa victoire, à Antwerpen (Anvers)

Malgré tout, le plus dur reste à venir pour un Bart de Wever qui rêve de faire de la Flandre un Etat indépendant, membre de l’Union européenne[1]dans la mesure où il doit tout d’abord démontrer qu’il saura gérer Anvers, lui qui n’avait jamais de mandat exécutif jusqu’ici, ce qui n’est pas gagné d’avance, surtout qu’il sait qu’il sera jugé sur des résultats et qu’il sera comparé à son prédécesseur et à son bilan pourtant plébiscité par les Anversois. Qui plus est, à force de mélanger enjeux locaux et nationaux et à se mettre en campagne permanente, il prend le risque non seulement de brouiller son message mais également de voir sa stratégie se retourner contre lui, tôt ou tard.


[1] A ce titre, je vous invite à lire l’excellent papier de Vincent Laborderie, doctorant français en sciences politiques à l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique), un papier datant de juillet 2012 mais qui reste toujours autant d’actualité, surtout dans le contexte immédiat.

La crise aura-t-elle raison d’ERASMUS ?

La crise aura-t-elle raison d’ERASMUS ?

Depuis quelques temps en effet, une mobilisation s’organise pour défendre le mythique et célèbre programme de mobilité à destination des étudiants, menacé en raison de fortes coupes budgétaires réalisés par les Etats-membres et la Commission européenne dans le budget 2013.

L’alerte a été donnée par Alain Lamassoure, député européen membre du PPE (conservateurs) et par ailleurs, président de la commission du budget au Parlement européen qui s’inquiète de l’évolution et des effets à terme d’une telle politique. Depuis lors, nombreuses sont les associations et autres acteurs de la société civile qui se mobilisent à l’échelle de l’UE et au sein des Etats-membres en faveur du programme ERASMUS, à l’instar du collectif #Save ERASMUS via le web.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, ERASMUS est un programme européen visant à promouvoir et à faciliter la mobilité étudiante en Europe. Créé en 1987, ERASMUS est rapidement devenu un succès et fut rapidement plébiscité par les étudiants qui ont pu profiter d’un échange universitaire ou bien encore une expérience professionnelle (essentiellement un stage) dans un autre pays membre de l’Union européenne.

Plus qu’un simple programme européen, ERASMUS s’est, au fil des années, imposé comme un des symboles les plus clairs et les plus marquants de l’Union européenne, à tel point qu’il contribue à la construction de cette fameuse identité européenne. Les exemples sont, à ce titre, très nombreux comme le célèbre film du réalisateur français, Cédric Klapisch, « L’Auberge espagnole », sorti en 2002 et devenu un véritable phénomène de société.

La menace qui plane sur le programme ERASMUS est un mauvais signal envoyé à l’ensemble des Européens et tout particulièrement ceux issus de l’actuelle génération. A l’heure où l’Union connait une défiance de plus en plus forte de la part des citoyens, et que les Etats-membres peinent à parler d’une seule voix face à la crise, la construction européenne doit donner des gages en signe de crédibilité et afin d’assurer sa viabilité, ce qui suppose des initiatives populaires et donc (par définition) accessibles à tous.

ERASMUS fait incontestablement partie de ces programmes dont la popularité ne fait plus de doute. Depuis sa création, plus de 2,5 millions d’Européens ont pu bénéficier d’un tel programme (via l’octroi d’une bourse par exemple) et la tendance va en s’accentuant. Plus d’un simple séjour universitaire dans un autre Etat-membre, ERASMUS est une formidable porte d’entrée pour découvrir et comprendre l’Europe et surtout se comprendre entre Européens, ce qui suppose vivre et partager des choses en commun. Derrière ce programme conçu il y a vingt-cinq ans, se trouve un esprit, une idée, celle de bâtir une citoyenneté et un sentiment d’appartenance à une identité complémentaire ou dépassant – c’est selon ! – les identités et autres appartenances nationales. C’est l’idée qu’au-delà de l’étude de la science politique, de l’Histoire ou bien encore de la physique et de l’Economie, en anglais, néerlandais, roumain ou bien encore en espagnol ou en allemand, c’est un vivre ensemble et un melting-pot européen qui est mis en avant. C’est comme le dit si bien la bande-annonce du film, « l’Auberge espagnole », c’est un lieu où personne ne parle la même langue mais où tout le monde vous comprend !

La crise aura-t-elle raison d’ERASMUS ? Tout dépendra de la capacité des (jeunes) citoyens européens à se mobiliser pour exprimer leur attachement à un programme qui a fait ses preuves et prouvé son efficacité dans la construction d’un véritable espace européen. Dès lors, il serait hasardeux pour les Etats-membres de remettre en cause un programme fortement mobilisateur et populaire, même si la crise oblige à certains impératifs.

PS : puisque j’ai évoqué « L’Auberge espagnole », je vous propose la bande annonce du film disponible ci-dessous :

Un Prix qui engage

Le Symbole du Comité Nobel, qui se réunit à Oslo (Norvège) et à Stockholm (Suède)

L’Union européenne a reçu ce vendredi, le prix Nobel de la paix à Oslo (Norvège). A ce titre, nombreux furent les responsables européens et nationaux qui se sont félicités de cette distinction tels Martin Schulz, le président du Parlement européen ou bien encore François Hollande, le président de la République française. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a parlé de grand honneur notamment les Européens que nous sommes.

Cette distinction arrive au moment même au l’Union européenne se trouve à la croisée des chemins et qu’elle affronte une crise, la plus profonde de son Histoire. A ce titre, nombre de personnes – principalement sur les réseaux sociaux – s’interrogent sur le bien fondé d’une telle récompense, à l’instar de celle attribuée à l’actuel président des Etats-Unis, Barack Obama, en 2009. Pour certains en effet, attribuer un tel prix est quelque peu incompréhensible, pour ne pas saugrenu, une façon assez subtile de redorer le blason à une institution de plus en plus critiquée par les citoyens. A cela, rappelons même le contexte politique actuel dans lequel les chefs d’Etats et de gouvernement semblent jouer de rivalité et de surtout de méfiance notamment vis-à-vis de la Grèce et des autres PIGS, crise de l’Euro oblige. On est très loin des heures fastes de l’Union européenne où certains leaders nationaux comme Helmult Kohl et François Mitterrand ou certains dirigeants européens comme Jacques Delors (président de la Commission européenne de 1985 à 1995) n’hésitaient pas à mettre en avant leurs convictions pro-européennes notamment face à une opinion publique, pas toujours favorable.

En attribuant ce prestigieux prix à l’Union européenne, le comité Nobel a voulu rendre hommage à l’idée européenne plutôt qu’à l’institution en elle-même, une manière de dire qu’en dépit de ses contradictions, de ses difficultés ou même de ses échecs (notamment durant la crise yougoslave en 1991, prélude à la guerre qui s’en est suivi), l’Union européenne a réussi l’essentiel, à savoir la paix. On l’oublie assez souvent, mais la construction européenne fut initiée sur une espérance, celle de bâtir un espace de prospérité et de paix par et au service des Européens, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un conflit traumatisant et meurtrier pour nombre de populations. Une idée, lancée par des intellectuels tels Gasperi, Schuman ou bien encore Monet, supposait que les Européens se comprennent et se connaissent, condition sine qua none pour installer durablement la paix mais également la confiance.

L’action de ces Pères Fondateurs a été cruciale pour insuffler cette idée d’Europe et rendre le processus d’intégration, irréversible et logique et ce, malgré les soubresauts de l’Histoire. L’idée d’Europe ne va pas de soi, même si elle semble évidente et facile à évoquer notamment pour la génération actuelle, familier d’ERASMUS ou plus ouverte sur le monde qu’il entoure. Ce qui explique sans doute la réaction sceptique de certains quant à l’opportunité ou non de remettre le Prix Nobel à l’Union européenne, surtout à l’heure où on accuse de tous les maux, et de tous les déficits en particulier démocratique.

C’est donc un prix qui à la fois rend hommage à l’Europe en tant qu’idée mais qui engage l’Union Européenne en tant qu’institution. A l’instar de Barack Obama en 2009, on peut parler de pari sur l’avenir, dans la mesure où l’Union européenne doit désormais se réinventer, tout en n’oubliant pas son but initial, sa raison d’être, c’est-à-dire la paix. Une manière de dire que malgré la crise que traverse l’Union européenne, l’Europe, en tant qu’idée, reste indispensable, surtout dans le contexte actuel. Une idée qu’il convient de conserver et de respecter, ce qui suppose une nouvelle voie pour l’Union européenne, une voie plus citoyenne et plus démocratique.

C’est en cela, qu’il faut comprendre la décision du Comité Nobel, une décision à contre-courant si on se réfère aux tourments actuels de l’Union européenne. Même si cette dernière a encore beaucoup à faire, sa concrétisation et ses réalisations les plus visibles (une monnaie, une législation, des programmes, un Parlement) sont la preuve qu’elle a réussi l’objectif visé par les Monnet, Gasperi, Spaak et autres : assurer la paix dans son espace. Cela vaut bien un prix, même symbolique.

Une élection à (très) haut risque

Partisans de la coalition « Rêve géorgien » rassemblés dans le centre de Tbilissi, le 29 septembre dernier

Ce lundi, les Géorgiens se déplacent aux urnes pour renouveler leur Parlement dans un contexte national et politique très tendu.

Ancienne république soviétique et profitant du démantèlement du bloc de l’Est et de l’URSS en 1991 pour retrouver son indépendance, la Géorgie est toujours à la recherche d’une certaine stabilité géopolitique et interne notamment depuis 2008 et la guerre éclair avec la Russie qui l’a laissée exsangue notamment vis-à-vis de son imposant voisin. Une guerre qui a eu des conséquences majeures sur un plan politique notamment pour l’actuel président, Mikhail Saakachvili, dont certains s’interrogent sur le bien-fondé de sa politique de rapprochement envers l’Union européenne mais aussi l’OTAN qu’elle souhaite rejoindre.

Bidzina Ivanichvili, homme d’affaires et leader de l’opposition

Si à l’heure actuelle, le parti de l’actuel chef de l’Etat reste en tête dans les sondages, l’ambiance semble de plus en plus tendue et la défiance envers le pouvoir de plus en plus forte. Mikhail Saakachvili, fait en effet face à une opposition hétéroclite menée par Bidzina Ivanichvili, un très riche homme d’affaires réputé proche de Moscou qui remet en cause sa pratique autoritaire du pouvoir. De son côté, le Mouvement national uni, le parti de l’actuel président, accuse le Rêve géorgien (la coalition d’Ivanichvili qui regroupe des partis nationalistes, ainsi que d’anciens proches de l’actuel président) de semer le trouble au sein de la population et d’arrimer le pays à la Russie, le grand et encombrant voisin.

Mikhail Saakachvili, président de la Géorgie depuis janvier 2004

Car c’est bel et bien la personnalité du président sortant qui est au centre de la campagne dans la mesure où ce dernier polarise les tensions. Une personnalité ambivalente qui est mise en avant par le Rêve géorgien qui cherche à transformer le scrutin actuel en un référendum pour ou contre Saakachvili. L’homme, figure de proue de la Révolution des roses de 2003[1] et président depuis 2004, a déçu bon nombre de Géorgiens qui mettent désormais en cause sa pratique personnelle du pouvoir mais aussi l’omnipotence de son parti qui détient plus de 80% des sièges (119 sur 150) au Parlement. Face à lui, le Rêve géorgien cherche à fédérer tous les déçus de l’actuel président et capitaliser sur le mécontentent actuel pour mieux conquérir le pouvoir et pousser Saakashvili à la démission. Une hypothèse qui ne semble pas effrayer le parti présidentiel qui met cependant en garde les Géorgiens contre une éventuelle victoire de l’opposition, une victoire qui mettrait en cause le fragile équilibre du pays et sa politique pro-occidentale.

Car il convient de rappeler – et c’est même l’autre enjeu de l’actuelle campagne – que le pays fait l’objet de toutes les attentions et notamment de la Russie, des Etats-Unis et de l’Union européenne en raison de sa position géographique. Situé au cœur du Caucase, la Géorgie est un pays stratégique qui a longtemps oscillé entre le rapprochement avec la Russie et celui avec l’Occident même si Saakachvili mène depuis son arrivée au pouvoir, une politique ouvertement pro-occidentale. Une position qui suscite de nombreuses convoitises et d’importants enjeux aussi bien sur un plan intérieur qu’extérieur et qui pèsent lourdement sur cette campagne électorale très électrique. A ce propos, l’hypothèse d’un rapprochement avec la Russie, prônée par Ivanchvili, est agitée tel un chiffon rouge par celles et ceux qui craignent une perte d’indépendance de la Géorgie, nombre de Géorgiens ayant été déjà très marqués par la guerre de 2008.

Manifestant géorgien devant l’ambassade de Russie, le 28 aout 2008, quelques semaines après la guerre éclair qui a opposé les deux pays

C’est donc un scrutin à haut risque pour le président en exercice Mikhail Saakachvili qui joue son va-tout pour se maintenir au pouvoir en accusant l’opposition de préparer les troubles dès les premiers résultats connus. Vingt et un après sa nouvelle indépendance, la Géorgie connait encore d’importants soubresauts et semble toujours hésiter entre une voie pro-occidentale et prorusse à l’instar des républiques de l’ex-URSS. A ce titre, la polarisation de la vie politique et du scrutin autour du président Saakachvili est un bon indicateur et nul doute que les résultats seront étudiés à la loupe notamment par l’Union européenne dans le cadre de sa politique de voisinage.


[1] Initiée en novembre 2003 au lendemain d’élections parlementaires truquées, la Révolution des roses est un mouvement pacifique menée par Mikhail Saakachvili, alors leader de l’opposition contre le régime d’Edouard Chevardnadze, président de la République depuis 1992. Une révolution qui a poussé ce dernier à la démission et qui s’est finalement conclue par la victoire du parti de Saakachvili aux législatives puis à la présidence en janvier 2004.