Une Première Dame trop indépendante ?

Valérie Trierweiler avait prévenu : elle ne voulait pas être une première dame potiche, elle voulait être active, se montrer utile. Elle voulait également ne pas gêner la parole du président de la République, et accessoirement son mari. Jusqu’à ce tweet opportuniste et surtout incompris.

Toujours est-il que cette polémique tombe assez mal à quelques jours seulement du second tour des législatives. Si ce tweet ravageur ne devrait pas avoir d’impact majeur sur le résultat final (à savoir une large victoire du Parti socialiste et de ses alliés), il n’en demeure pas moins problématique tant il pose une nouvelle fois la question du rôle et surtout la place de la première dame en France, surtout sur un plan politique.

En effet, en soutenant publiquement Olivier Falorni, candidat socialiste dissident aux législatives face à Ségolène Royal, Valérie Trierweiler n’est pas seulement sortie de sa réserve mais a clairement mis dans l’embarras le président de la République, l’entrainant ainsi dans une polémique qui n’a véritablement pas lieu d’être. Sans doute que son inimitié tenace et notoire envers Ségolène Royal a beaucoup joué dans son geste de mardi dernier, un geste dont l’intéressée semble encore avoir du mal à mesurer lorsqu’elle réfute tout geste motivé par la jalousie.

Toujours est-il que l’opposition s’en donne à cœur joie, elle qui semblait plus ou moins embarrassée par l’attitude de certains candidats de l’UMP qui cherche à tout prix obtenir les voix du Front national pour se faire élire ou conserver leur siège de député, à l’instar de Nadine Morano par exemple. Certains espèrent même que cette polémique leur sera profitable non pas dans l’immédiat mais plutôt à long-terme, dans la mesure où derrière l’histoire du tweet, c’est bel et bien l’autorité de François Hollande qui est une nouvelle fois mise en ligne de mire.

Longtemps considéré comme un homme mou, sans envergure, François Hollande avait réussi à gommer cette image, durant la présidentielle et même avant, en se présentant comme un homme cohérent et ne déviant jamais de sa trajectoire, ce qui fut sans doute déterminant face à un Nicolas Sarkozy qui semblait à son tour incohérent et surtout peu sur de lui. Il serait présomptueux et surtout hasardeux de penser que le tweet de Valérie Trierweiler risque de mettre à mal cette nouvelle image que François Hollande s’est longtemps forgé à bâtir, d’autant plus que c’est au travers de ses réformes et de sa politique que nos compatriotes pourront juger sur pièce.

Valérie Trierweiler en compagnie du Président de la République et du Maire de Paris, Bertrand Delanöe, à l’Hôtel de ville, le 15 mai dernier

Toutefois, il est fort à parier que certains analystes et journalistes politiques ne manqueront pas (et n’ont pas manqué d’ailleurs) de s’interroger sur la place et l’influence légitime de Valérie Trierweiler au sein de la présidence de la République, et par extension au sein de l’Etat. Doit-elle est considérée comme la simple compagne du chef de l’Etat ou bien une femme de l’ombre, influente et donc les actions et les déclarations sanctionnent (positivement comme négativement) le président de la République, à l’instar de Cécilia Sarkozy envers son mari, au tout début de son quinquennat ? Car si Valérie Trierweiler veut aller au-delà de la place accordée jusqu’ici à la première dame en France, elle doit cependant prendre conscience que tous ses actes et prises de positions seront immédiatement scrutés et analysés, tel son tweet de soutien à Olivier Falorni. D’autant plus que cela fait un moment qu’elle est une personnalité publique et non plus une simple citoyenne, un élément majeur à prendre en compte et que François Hollande ne manquera probablement pas à le lui rappeler, question de légitimité mais aussi d’autorité.

Un coup de pouce inattendu

Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande, président de la République

C’était l’info politique d’hier matin. Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande, a annoncé via Twitter son soutien à Olivier Falorni, candidat socialiste dissident dans la première circonscription de Charente-Maritime, face à Ségolène Royal.

Il faut rappeler que l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 se trouve dans une situation compliquée. Certes, elle est arrivée en tête du premier tour des législatives en obtenant près de 33% des voix face à son concurrent qui est arrivé second avec 29% des suffrages. Toutefois, et malgré la règle de désistement républicain qui prévaut à gauche et qui veut que le candidat le mieux placé retire sa candidature, l’ancien premier secrétaire de la Fédération de Charente-Maritime (exclu depuis du Parti socialiste) a décidé de maintenir.

Depuis, Olivier Falorni a reçu le soutien de Dominique Bussereau, actuel président UMP du département de Charente-Maritime (qui appelle clairement à voter pour lui) et donc plus surprenant de Valérie Trierweiler, la femme du président de la République. Un soutien quelque peu étrange et véritablement à contre-pied à l’heure où l’ensemble du Parti socialiste ainsi que des autres formations politiques de gauche (au niveau local) appellent à soutenir la candidature de Ségolène Royal et qui ne peut être compris que la volonté d’agir de manière malveillante envers une femme que l’on considère encore et toujours comme une rivale sur le plan personnel et intime.

Olivier Falorni, candidat socialiste dissident dans la première circonscription de Charente-Maritime, actuellement exclu du Parti socialiste

Le tweet de Valérie Trierweiler n’aura pas manqué de faire réagir bon nombre de personnes qui considèrent son geste comme incompréhensible pour ne pas déplacée, sans compter que cela jette un trouble sur la légitimité de la première dame de France à s’immiscer dans un combat électoral, certes local mais symboliquement important dans le cadre de ces élections législatives. Aussi, certains s’interrogent et s’inquiètent sur d’éventuelles conséquences immédiates, notamment sur le plan politique où l’UMP ne manquera sans doute pas l’occasion de tacler davantage Ségolène Royal, espérant se servir de la rivalité entre cette dernière et Trielweiler à des fins politiques.

Toujours est-il que si le tweet en question ne cesse de remuer des vagues et pointe encore un peu plus l’inimité qui existe bel et bien entre les deux femmes, il n’en demeure pas moins que la journaliste-première dame a rendu un formidable service à sa rivale et donc, par effet contraire, embêté Falorni, plus qu’elle ne l’a servi. En effet, en écrivant un tweet de la sorte, Valérie Trierweiler a réussi l’exploit d’attirer l’attention non pas sur le candidat dissident mais bel et bien sur Ségolène Royal qui fait l’objet d’attaques plus ou moins acerbes, pour ne pas carrément violentes de la part de la droite charentaise. Elle y gagne même en crédibilité et en légitimité dans la mesure où largement soutenue par l’ensemble des socialistes, Ségolène Royal passe finalement pour une victime face à un Olivier Falorni prêt à tout pour la faire chuter et prendre sa revanche.

Ce qui explique sans doute l’attitude de Ségolène Royal qui a tout intérêt à paraitre comme étant la victime plutôt que l’agresseur. Cela était déjà le cas avec le soutien mesquin de Bussereau et cela est encore plus évident avec le tweet de Valérie Trierweiler qui ne rend absolument pas service à Olivier Falorni, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le dissident socialiste en premier (même si évident, il prétendra le contraire)

Car en cas de victoire in fine de Falorni, ce dernier sait qu’au fond il devra sa victoire non pas à sa campagne mais plutôt à une vengeance orchestrée par ceux qui voulaient en finir avec Ségolène Royal. C’est du moins l’idée qu’on retiendra du second tour si un tel scénario devait se produire. Pas sur que cela soit profitable à l’ancien premier secrétaire de la fédération de Charente-Maritime qui aura un déficit de légitimité même s’il aura reçu l’onction du suffrage universel.

Finalement, Ségolène peut bel et bien dire merci à sa meilleure ennemie, Valérie, pour ce coup de pouce inattendu !